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L’interminable attente des Epl

DOSSIER
Publié le 28 mai 2020, par Stéphane Menu

Palais des congrès, équipements culturels et touristiques, offices de tourisme, centres thermaux, remontées mécaniques… Les Epl du secteur sont particulièrement touchées par la crise sanitaire. Entre l’espoir d’un vaccin ou d’un traitement et l’assouplissement des restrictions sanitaires, elles rongent leur frein et cherchent des raisons d’y croire. Enquête. 

Le Palais des Papes sonnera creux en juillet. La Spl Avignon Tourisme entend l’investir ! (Photo@empreintedailleurs)

C’est sans doute l’un des secteurs les plus impactés par la crise du Covid-19, avec le secteur des transports au sens large. Les salariés des 337 Epl de tourisme, de la culture, de l’évènementiel et des loisirs se souviendront certainement longtemps de ce fameux 15 mars 2020 où leurs activités ont cessé brutalement du jour au lendemain par décret du 15 mars 2020. Placées en coma artificiel, tenues en vie par les dispositifs mis en place en urgence par l’Etat, notamment le chômage partiel, elles ont aujourd’hui encore du mal à entrevoir le bout du tunnel, même si de frêles perspectives de réouverture des équipements se profilent. Ce secteur est plus multiforme qu’il n’y paraît. Représentant à lui seul 7,4 % du PIB de la France, il se distingue par l’interdépendance de ces composantes. A titre d’illustration, un parc de loisirs ou un centre de congrès ne peuvent pas fonctionner sans hôtels, restaurants ou office de tourisme à proximité. Le déconfinement idéal n’est pas envisageable, pour des raisons de sécurité légitimes : tout ouvrir en même temps accentuerait, aux dires des spécialistes, le risque d’une deuxième vague épidémique… Mais le scénario d’une catastrophe économique se précise de plus en plus, dont l’illustration la plus criante s’incarne, entre autres, du côté de l’Hérault : première station thermale de France et l’unique en Méditerranée, Balaruc-les-Bains coulait des eaux heureuses. Aujourd’hui noyée sous les pertes, la Spl se bat pour que l’État envoie aux Epl plus qu’une bouée : un canot de sauvetage !

Les Epl exclus du plan de relance du tourisme !

Le gouvernement a bien pris la mesure de l’importance de ce secteur qu’il soutient. Néanmoins, le plan de relance du tourisme, présenté le 14 mai dernier par le Premier Ministre, semble à ce jour exclure les Epl du dispositif au prétexte qu’elles bénéficieraient de financements privilégiés de la part de leurs collectivités locales, ce qui n’est pas le cas. Rappelons que les Epl sont des sociétés anonymes qui relèvent du même régime que toutes les autres entreprises de droit privé. Elles sont titulaires de contrats de délégation de service public obtenus à l’issue d’une procédure très stricte de mise en concurrence. Les collectivités n’accordent aux Epl aucun avantage par rapport aux autres entreprises privées. La FedEpl se mobilise pour que les Epl du tourisme, de l’évènementiel, de la culture et des loisirs, ne perdent pas l’accès au fonds de solidarité, à l’exonération des charges patronales, au prêt tourisme et au PGE saison, ou encore au chômage partiel, comme pour les autres entreprises du secteur.

Résister et innover en même temps

Les Epl sont donc dans l’attente. Elles innovent, elles tentent de contourner ce monstre viral en faisant preuve d’ingéniosité. A Avignon, Arnaud Pignol, DG de la Spl Avignon Tourisme, a trouvé la parade. S’il a acté que l’année 2020 serait une anus horribilis, il veut créer des petits évènements en plein air autour des mythiques Palais des Papes et Pont Bénezet. Puisque le festival d’Avignon, pour la première fois depuis 70 ans, cède la place, il veut faire du Palais des Papes un lieu d’investissement scénographique, calibré aux exigences sanitaires, avec des touristes locaux invités à participer à cette opération anti-sinistrose. Denis Caille, DG de La Cité des Congrès de Nantes, affiche un plus grand réalisme concernant les congrès et les spectacles qui se tiennent dans les équipements nantais. Pour lui, seul le vaccin permettra de lever définitivement la peur du virus. Le salut sera médical ou ne sera pas. Philippe Mathieu, directeur de Brest’aim, n’hésite pas à se projeter : « Qu’est-ce que sera un concert, un congrès, en 2021 ou 2022, quand le contact physique sera de nouveau possible ? On parle beaucoup du concept d’hybridation des congrès, avec un présentiel moindre et une déclinaison enrichie via internet. Nous y réfléchissons. La mission d’une Sem comme la nôtre est d’être en permanence en osmose avec les mutations du sociétal », assure-t-il. Résister dans la tempête et potentialiser les scénarii de redémarrage : les Epl n’ont pas d’autres choix…

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