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« Etre en lien avec les mutations sociétales » Philippe Mathieu, directeur de Brest’aim

Un article du dossier L’interminable attente des Epl
INTERVIEW
Publié le 28 mai 2020, par Stéphane Menu

Brest’aim, c’est le gros navire. La Sem gère les grands équipements de Brest Métropole : Océanopolis, Brest Arena, le parc des expositions, la patinoire, le Quartz (scène nationale et centre de congrès), le stationnement (parkings et en surface), les ports de plaisance, la Recouvrance (bateau du patrimoine). Autant dire que la crise sanitaire a mis le navire en cale sèche. Entretien avec le directeur général, Philippe Mathieu, sur un monde d’après dont les contours restent encore à préciser.

« De quoi notre société aura-t-elle besoin demain dans les secteurs qui nous concernent ? », s’interroge Philippe Mathieu, directeur général de Brest’aim (Photo Brest’aim).

Votre Sem se caractérise par sa multiactivité. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

La structure la plus impactée est Océanopolis. Il n’y a plus de visiteurs depuis mi-mars, la restauration, l’évènementiel d’entreprise, la boutique, etc., tout est à l’arrêt. 20 % des salariés continuent de s’occuper des animaux. Les autres sont en chômage partiel, ou en télétravail. On travaille d’arrache-pied avec la préfecture dans l’optique d’ouvrir courant juin l’aquarium aux groupes scolaires, puis progressivement à tous les publics, dans le respect des règles sanitaires et en fluidifiant les visites. Du 15 mars à la fin juin, nous aurons perdu 2,5 M€ de chiffre d’affaires. Si l’on reste en l’état cet été, ce manque à gagner sera de 4 M€ supplémentaires. Si l’on parvient à ouvrir, même de façon limitée, nous espérons réduire de 20 à 40 % cette perte redoutée de chiffre d’affaires. Heureusement, les aides de l’Etat et les économies de charges, qui sont de l’ordre de 1,5 M€ de mi-mars à fin juin nous concernant, permettent de limiter la casse, notamment pour conserver les 280 CDI permanents à l’échelle de Brest’aim et de sa filiale qui gère la restauration. Mais les contrats saisonniers seront forcément impactés.

Les autres équipements sonnent particulièrement creux…

Plus de sport, plus de concerts et autres évènementiels d’entreprise à Brest Arena. Le lieu a ouvert ses portes pour accueillir un centre de consultations médicales Covid-19 et le CCAS a pu y distribuer des repas pour les plus démunis. Aucune réouverture au public n’est envisagée avant septembre. Les handballeuses pros de Brest souhaitent reprendre l’entraînement en juillet. Aucune nouvelle tournée de concert n’est dans les tuyaux. Entre le lancement d’une tournée et sa réalisation, il faut généralement un an voire un an et demi. L’année 2020 sera donc déficitaire, et 2021 s’annonce d’ores et déjà compliquée. Concernant le parc des expositions, les différents salons du deuxième trimestre ont été annulés. Rien ne dit que la priorité pour les entreprises sera d’investir dans les salons dès que la situation sera presque redevenue normale. Nous avons « profité » de la crise pour faire des travaux sur la patinoire, qui prendront fin à la mi-août. Quant à la scène nationale Quartz, on espère une reprise en septembre mais dans des conditions que l’on ignore.

Et côtés stationnement, Recouvrance et ports de plaisance ?

Les parkings n’ont jamais fermé mais les recettes ont forcément chuté avec le confinement. L’heure est à la reprise depuis le début du déconfinement. Sur le stationnement en surface, la gratuité était de mise jusqu’à la fin du mois de mai. Si la Recouvrance restera probablement à quai jusqu’en 2021, l’activité a repris dans les ports de plaisance où nous avons continué à percevoir les redevances. La manutention est relancée, d’abord pour les professionnels et désormais pour les particuliers.

Comment envisagez-vous de faire face ?

L’assise financière de la Sem est solide, on peut encore tenir sur nos réserves tout en préservant nos capacités d’investissements pour honorer les engagements pris dans nos contrats de DSP. Brest Métropole s’est engagée, en tant que propriétaire des équipements, à réaliser d’importants investissements, notamment sur le projet Métamorphoses d’Océanopolis, où la collectivité investit 20 M€ auxquels nous ajoutons 5 M€. Même topo pour des travaux de rénovation de Quartz, où la métropole investit 15 M€ et nous, 1 M€. A ce jour, rien n’est remis en cause. Cela dit, il est essentiel d’appréhender les évolutions en profondeur de la société …

C’est-à-dire ?

De quoi notre société aura-t-elle besoin demain dans les secteurs qui nous concernent… Qu’est-ce que sera un concert, un congrès, en 2021 ou 2022, quand le contact physique sera de nouveau possible ? On parle beaucoup du concept d’hybridation des congrès, avec un présentiel moindre et une déclinaison enrichie via internet. Nous y réfléchissons. La mission d’une Sem comme la nôtre est d’être en permanence en osmose avec les mutations du sociétal.

 

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