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« Il y a une bagarre à mener dès le début de la carrière »

INTERVIEW
Publié le 8 mars 2016

Directrice générale de Sem depuis 12 ans, Catherine Léger reconnaît que le chemin d’une femme pour y parvenir n’a pas toujours été facile. Un constat toujours vrai aujourd’hui qui l’amène à donner quelques conseils à ses jeunes collègues.

''Je reconnais qu'une femme fait figure d'exception à la tête d'une Sem''

Quel a été votre parcours dans l'économie mixte ?

Après une formation en urbanisme à l'école des Ponts et Chaussées, j'ai intégré en 1983 le conseil général de la Seine-Saint-Denis pour travailler sur la reconversion des friches industrielles. En 1987, je suis rentrée à la Sem départementale, outil opérationnel de cette reconversion, où je suis restée 20 ans dont dix comme directrice générale-adjointe puis quatre comme DG. Depuis 2009, je suis DG de la Sem Plaine Commune développement.

Dans un milieu très masculin… Cela a-t-il été difficile ?

Je pense à une anecdote très révélatrice : lors de déjeuners professionnels, où j'étais souvent la seule femme, on me demandait toujours le métier de mon mari. Cela me sidérait. Tout est là. Cela commence doucement à s'améliorer. Au début de ma carrière, je me sentais assez isolée. Mais j'ai eu la chance d'avoir des supérieurs qui m'ont fait confiance. Avoir eu trois enfants en bas âge n'a pas été handicap. Ni une prouesse comme je le dis souvent aux jeunes parents. Mais j'ai beaucoup travaillé pour cela. Pour prendre des responsabilités et se montrer disponible, il m'a fallu jongler entre vies privée et professionnelle.

"On me demandait toujours le métier de mon mari, cela me sidérait."

Avec quelque chose à prouver ?

Il faut faire beaucoup, voire plus que les hommes. Les femmes se sentent un peu voleuses d'une place ! À cela s'ajoute le sentiment d'une absence de légitimité. Votre place n'est jamais acquise. J'espère que les trentenaires ne vivent plus cela. Il faut savoir s'organiser, accepter de se faire aider et convaincre son conjoint de ne pas juste conduire les enfants le matin à l'école !
Il y a une bagarre à mener dès le début de la carrière pour que les femmes ne décrochent pas après avoir eu un enfant. Les jeunes mamans ne doivent pas refuser des opportunités et le milieu professionnel doit cesser de ne pas leur donner plus de responsabilités.

Un plafond de verre existe-t-il toujours ?

Oui. La preuve, pour passer de la place de n°3 à n°2, et surtout de n°2 à n°1, un vrai barrage reste à franchir. Nous sommes encore très loin du compte. De leur côté, les femmes doivent parvenir à s'identifier en n°1. Cela reste difficile car très peu de référents existent. Les quotas s'avèrent parfois utiles en constituant un accélérateur de l'évolution des mentalités.

Propos recueillis par Philippe Pottiée-Sperry

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