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Se souvenir des indésirables de Rivesaltes

Publié le 24 janvier 2017, par Stéphane Menu

Ce fut un drôle de camp, implanté dans cette commune des Pyrénées-Orientales. Harkis, Juifs, collabos, républicains espagnols et d’autres y ont été parqués, certains y laissant leur vie. La Sem Roussillon Aménagement a été un maître d’ouvrage délégué très impliqué dans la construction du mémorial dédié, récemment récompensé par un Équerre d’argent.

Le bâtiment de Rudy Ricciotti prend le parti de « la radicalité ». Une puissance de traitement qui a séduit le jury de l’Equerre d’argent d’Architecture, l’un des concours les plus prisés par les architectes. ©Sem Roussillon Aménagement

Pour le jury de l'Equerre d'argent d'Architecture, l'une des distinctions les plus prisées des architectes, cette réalisation "échappait à toute catégorie". C'est en ces termes élogieux qu'il a récompensé, le 21 novembre dernier à Paris, le mémorial du camp de Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales, conçu par Rudy Ricciotti. "Ce bâtiment radical qui prend possession avec force d'un site chargé d'histoire et d'émotion incarne une architecture morale et politique". Un cap fixé par le maître d'œuvre et courageusement relayé par la maîtrise d'ouvrage et son mandataire, la Sem Roussillon Aménagement.

Fondé en 1935, ce camp militaire a hébergé, de 1939 à 2007, des civils, des militaires vaincus, des Juifs – 2313 d'entre eux ont transité par ce camp avant de rejoindre Auschwitz -, des Tziganes, des républicains espagnols, des harkis… Le bâtiment de Ricciotti s'enfonce dans le sol, se terre au sens propre du terme, presque respectueusement, pour rendre hommage aux victimes. Les baraquements de l'ancien camp ont conservé leur aspect brut d'époque. Contraste saisissant entre passé et mémoire, comme si le nouveau bâtiment refermait une parenthèse douloureuse.

Près de 50 000 visiteurs pour la première année

"Le projet de ce mémorial remonte à une dizaine d'années", indique le directeur de la Sem, Thierry Mousnier-Lompré. C'est Christian Bourquin, ancien président du Conseil général des Pyrénées-Orientales puis de la Région Languedoc-Roussillon, décédé en 2014, qui a cru très tôt à ce projet. "Il a su convaincre l'ensemble des communautés concernées qu'un tel mémorial respectait la dignité des personnes qui ont vécu ces turbulences de l'histoire. Ce n'était pas gagné, on ne compare pas les morts et les drames, avait-il l'habitude de dire", explique le directeur.

La Sem a joué un rôle majeur dans la conduite du projet. "Nous avons organisé la réflexion en amont et pendant la gestation du projet, aux moyens de faire vivre ce lieu, en mobilisant les meilleures compétences dans chaque domaine", relate Thierry Mousnier-Lompré. Avec toute une série de questions : comment présenter ces évènements, ces histoires, ces trajets avec tout le respect nécessaire ? A quel public doit-on s'adresser ? Comment assurer la viabilité économique d'un tel projet ?.

Pour cela, les chargés d'opération de la Sem ont pu s'inspirer d'autres projets mémoriels identiques à travers des voyages d'études à l'étranger. Conférences, expositions, projections de films : un an plus tard, le mémorial a pris ses marques. La preuve : près de 50 000 personnes ont visité le site alors que 40 000 étaient attendues pour la première année.

salle d'exposition du mémorial de Rivesaltes ©Sem Rousillon aménagement

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